Si le carnaval guyanais est matière à création musicale, artistique et vestimentaire, il reste aussi source d’inspiration pour les plumes. Monique Blérald présente à cette occasion l’ouvrage Carnaval guyanais, traversée littéraire, une analyse littéraire doublée d’une anthologie d’écrits autour de ce moment phare de la culture guyanaise. Elle saisit l’occasion de nous livrer son sentiment plus personnel sur cette période.
Le Kotidien : D'autres ouvrages à connotation sociologique et même des polars maintenant, ont pour sujet principal notre carnaval, quelle contribution apporte votre ouvrage à cette initiative littéraire autour du carnaval ?
Monique Blérald : Carnaval guyanais, traversée littéraire, comprend une analyse littéraire du carnaval guyanais, suivie d’une anthologie basée sur les écrits de cinquante cinq auteurs, poètes, romanciers, dramaturges et essayistes. Le lecteur pourra également découvrir dans cet ouvrage, la préface de l’historien et homme de culture Rodolphe Alexandre, des interviewes de carnavaliers et des illustrations en adéquation avec les thèmes retenus. Enfin, cette présentation est complétée non seulement par un lexique et une bibliographie sur le carnaval, mais aussi par la biographie des différents auteurs sélectionnés....
Dans cet ouvrage, j’analyse le regard et le discours des auteurs sur le carnaval et sur le personnage du touloulou. J’étudie, comment à partir de leurs écrits, ces auteurs donnant libre cours à leur imagination, expliquent leur rapport au carnaval. J’essaie de comprendre les comportements des carnavaliers, c’est-à-dire comment le lieu et le moment déterminent la conduite du personnage-clé qu’est le touloulou. La journée, il est humanisé, masculinisé ou féminisé et ce, selon les déguisements et les masques portés. Alors que, la nuit, il en est autrement. Enfin, je fais bien la différence entre les auteurs-hommes et les auteurs-femmes dont les perceptions sont différentes.
Qu'est ce qui vous a poussé à l'écrire et quelles recherches avez-vous menées ?
Pour écrire cet ouvrage, je me suis basée sur les cours de littérature que j’enseignais dans le cadre de la Licence en langues et cultures régionales. Mais, je me suis aussi référée aux ateliers de danses carnavalesques où je dispensais des cours de 2000 à 2003, sur le campus Saint-Denis. En effet, j’étais alors soutenue par Victor Clet, plusieurs musiciens des Blues Stars tels qu’Yves Nugent, Jean-Claude Valminos qui venaient chaque vendredi soir, durant la période carnavalesque m’accompagner dans cette transmission du savoir populaire. D’autres personnalités du monde carnavalesque comme Orlane Jadfard, Mino, Clara Nugent, Jean-Clair Annie, Marie-Line Cesto-Brachet… intervenaient également sur un plan plus théorique. Il était important pour moi que mes étudiants découvrent l’histoire, la symbolique du carnaval guyanais à travers des textes de référence mais aussi par le contact avec les acteurs de cette manifestation populaire.
En tant que citoyenne guyanaise, êtes consommatrice ou actrice du carnaval ? Que représente cette période pour vous d'un point de vous plus personnel ?
Je pense que ce carnaval devrait être davantage exploité sur le plan touristique : mettre en place des packages (billet d’avion, costumes entrée dans les dancings, hôtels, restaurants, bars…). Nous n’avons pas un musée spécialement consacré à la mémoire carnavalesque : costumes, musiques, films, livres, photographies… Cela manque. Qu’est ce qui est transmis aux jeunes qui ne connaissent pas le carnaval d’hier ? Ce patrimoine mérite encore d’être davantage valorisé à l’extérieur à travers la participation des groupes et des musiciens à des événements mondiaux. Enfin, selon moi, le carnaval se vit mais doit aussi s’expliquer. Nous sommes dans une Guyane multiculturelle où les contacts de cultures sont inévitables. En ce sens, il faut mettre en place en Guyane des conférences où il y a de la transmission de savoirs mais aussi de la conscientisation, où les symboles et tout ce qui fait l’âme du carnaval guyanais doivent être expliqués. Il n’y a pas que le festif dans le carnaval.
Propos recueillis par NP pour Le Kotidien (Crédit photos NP)




